Louve de Mer

Elle sortit entièrement nue de la salle de bain et s’approcha de la bain vitrée. De la chambre située au vint-deuxième étage de l’immeuble, la vue sur le port était impressionnante. Les immenses paquebot semblait être de simples jouets placés sur un plan d’eau dans un parc pour enfant.

Elle entendait le souffle calme de sa respiration. Il était allongé sur le lit, semblait encore à moitié endormi. La nuit avait été courte et longue à la fois.
« Tu crois qu’ils se souviennent ? »  Elle aimait sa voix grave, la sérénité qui se dégageait de lui.
– Se souvenir de quoi ?
– De comment c’était, avant son intervention. Moi, je me souviens des rues, des bars, des boutiques, des restaurants, de cette librairie où je vous avais rencontré ce jour-là. J’avais cru que…
– Que nous étions ensemble ? Nous avons toujours été seulement des amis… Et moi, j’avais cru comprendre que tu avais plutôt un faible pour les hommes ? » Elle sentit ses mains chaudes l’enlacer, le contact de ses lèvres sur sa nuque.
– Je me demande où il peut se trouver maintenant. Ça doit être bizarre pour lui, de voir cette Terre transformée, de savoir que si il n’était pas intervenu, le niveau des eaux n’aurait pas monté aussi rapidement.
– Sans son intervention, il ne resterait rien de cette planète, et certainement pas grand chose de ce système solaire. Et tu aurais fini réduit en pièces par les Créatures dans la Salle de la Machine. Et nous ne serions pas là aujourd’hui…» Elle se retourna, s’agrippa à lui et l’embrassa. Elle pouvait sentir le contact froid de la vitre dans son dos, mais la chaleur de son corps, la force avec laquelle il la maintenait lui fit oublier cette sensation.
Eléonore se souvenait de leur première rencontre dans cette librairie, de ce bref mais intense échange de regard. A cette époque, la silhouette de Noah était grande, mais fragile, comme un arbuste qui aurait poussé trop vite pour atteindre le soleil. Les événements de Mars avaient changé la donné : son corps s’était épaissi, l’arbuste était devenu un arbre aux racines profondément ancrées dans la terre, elle aimait cette force et l’incroyable sérénité qu’elle lisait dans ses yeux, un océan paisible dans lequel elle aurait plongé avec délice.

Soudain, l’immeuble se mit à trembler, Eléonore sentit la force de l’étreinte de Noah diminuer, il fixait un point à l’horizon. Elle se retourna et découvrit la silhouette gigantesque de l’animal qui traversait l’océan comme si c’était une simple mare.
« Tu crois que nous sommes les seuls à la voir ?
– Une louve d’une centaine de mètres de haut, ça se remarque. Il pointa le doigt vers les paquebots, secoués par les immenses vagues crées par la progression de l’animal.
– Il m’avait prévenu qu’elle est vraiment être impressionnante quand elle se met en colère… Là, elle doit réellement être très très en colère…
– Je pensais que la Bestiole pouvait contrôler cela ? »
Alors que l’immense silhouette de la Louve se rapprochait de l’immeuble, les nuages se séparèrent, révélant une lune ronde, pleine, rougeoyante, qui émergeait lentement des eaux à l’horizon. Les smartphones d’Eléonore et Noah retentirent au même instant, mais aucun d’eux ne bougea. A quelques mètres, la louve les fixait de ses yeux énormes, les babines retroussées, elle montrait les crocs…
– Tu n’aurais pas de balles en argent sur toi, par hasard ?
– Au cas où tu n’aurais pas remarqué, je suis à poil.
– Elle aussi. Et elle un sacré pelage. »
La museau de la louve se rapprochait dangereusement de la vitre. Une voix caverneuse et puissante s’éleva : « Où est-il ? » L’animal vint heurter l’immeuble, la vitre commença à se fissurer.

Un éclair embrasa le ciel, puis un autre. Cela détourna l’attention de la Louve pendant quelques secondes. Noah et Eléonore profitèrent de la diversion pour se protéger derrière le lit. L’homme attrapa son smartphone qui continuait de sonner.
« Noah, nous avons un problème !
– Oui, je sais et il est de taille…
– Pardon, mais de quoi parlez-vous ? Quelque chose n’a pas fonctionné le 22 novembre… Les humains ont oublié les événements, mais, depuis cette date, des sosies apparaissent un peu partout sur la planète… et eux, ils se souviennent… Il faut absolument retrouver Nimentrix…
– Je vous rappelle, ils semblerait que l’info soit parvenue jusqu’aux oreilles de sa protégée, et si nous ne la calmons pas rapidement, elle risque de faire plus de dégâts que les Créatures. »
L’immense animal sauvage donna un nouveau coup de museau qui fit trembler l’immeuble. La vitre ne résisterait pas à un choc de plus. L’orage se rapprochait… Les éclairs éclairaient une forme volante qui se rapprochait. Noah sourit : il reconnaissait, l’étrange moyen de locomotion.

Un éclair frappa la Louve entre les deux yeux.
« Hé, la Bestiole, évite de lui faire du mal, s’il te plait !
– Yann, je ne la blesse pas, je l’aide à se calmer, regarde. » La silhouette géante de la louve commençait à s’estomper. Quelques instants plus tard, il ne restait plus qu’un corps évanoui sous un pluie battante, juste devant l’immeuble où se trouvait Eléonore et Noah.

Elle ouvrit les yeux, avec un terrible mal de tête. La chambre donnait sur l’océan. La pleine lune éclairait les paquebots installés dans le port. Elle s’approcha de la vitre, posa sa main dessus : pas le moindre trace de félûres. Elle sursauta quand elle sentit des mains se poser sur ses hanches..
« Bonjour madame, vous m’avez manqué…» Elle avait bien évidemment reconnu cette voix si familière et se retourna, furieuse..
– Je pense que vous avez suffisamment exprimé votre colère pour ce soir, sourit-il. Je vous dois quelques explications… Mais ça pourra bien attendre un peu, non ? » Il approcha son visage du sien…

Photo © Ada
Texte © Nimentrix

Ce texte est ma 18 ème participation (solo) à l’atelier d’écriture de Bricabook : chaque semaine Leiloona met en ligne une photo le mardi, et vous avez jusqu’au dimanche suivant pour vous laisser inspirer et rédiger un texte. Vous pouvez consulter (et commenter) les autres textes participant à l’atelier sur le site Bricabook.

N’hésitez pas à commenter le texte ci-dessous et à la partager s’il vous a plu 🙂

Vous pouvez aussi lire mes autres participations à l’atelier.

Publicités

29 commentaires

  1. J’aime beaucoup ce texte,je n’ai pas mal à la tête,et je l’ai lu du premier coup!Je commence à connaître un certain nombre de pièces de ta maison mentale et du coup je m’y sens de mieux en mieux.
    Il y a juste une question qui me reste: qui est-il celui qui pose les mains sur ses hanches et pourquoi est-elle furieuse alors qu’elle le connaît bien?
    Comme quoi je vois qu’il y a encore des cagibis et des passages secrets dans ta maison dont je n’ai pas la clé!!….

    • Bonjour Benedicte. Tu poses en effet une question très pertinente : qui pose les mains sur les hanches ? Si c’est un certain Nimentrix, qui s’était débrouillé pour être effacé de sa mémoire, elle aurait peut-être quelques raisons d’être en colère, non ? 😉 Mais en même temps, est-ce lui ou ?… Et de la même manière, nous ne savons pas réellement qui se réveille dans la chambre… Est-ce elle ou ?… Toujours pas de migraine en vue ?

      Personnellement, j’aime moins ce texte, parce qu’il ne « désarçonne pas » le lecteur, il est un peu trop simple et sage, je ne sors pas de ma zone de confort et donc de celel du lecteur.. mais bon, il faut bien souffler un peu de temps en temps 😉

      (PS : je commenterais ton texte mais patience, planning un peu chargé cette semaine )

  2. Moi ça y est, j’ai mis un peu de temps à rentrer dans ton univers mais maintenant que j’y suis, je le trouve fort agréable 😉
    Je trouve l’écriture de ce texte plus légère, c’est toi avec toute l’imagination qui te caractérise et sans certaines longueurs que je n’aimais pas trop des premiers textes que j’ai lu de toi !
    Vivement la suite, au boulot !

    • Merci pour ton retour Manue Reva. Paradoxalement, je vois que les textes que j’aime moins plaisent plus à mes lecteurs. Faut que je trouve un juste dosage entre légèreté et complexité 😉

  3. La zone de confort est peut-être un peu plus là mais il y a toujours autant de questions!! En tout cas toujours un univers qui nous emporte en quelques mots

    • Merci pour ce commentaire, Louise… Les questions sont là, j’ai les réponses, il faut juste que j’arrive à consacrer un ou deux textes aux réponses en résistant à l’envie de provoquer de nouvelles question… 😉 Mais vu le coté volontairement « feuilletonesque » de l’histoire c’est difficile 😉 Mais vous allez bien finir par apprendre ce qu’il s’est passé ce 22 novembre 😉

  4. Je suis convaincue que dans tous les bons livres il y a des passages ou l’écrivain laisse un peu souffler le lecteur pour mieux le cueillir d’un uppercut quand il a baissé sa garde!!!

  5. Eh bien je suis soufflée par le monde que tu es parvenu à partir de ma photo. Evidemment je n’ai pas vu la Louve derrière la baie vitrée au moment où j’ai pris la photo… mais maintenant que tu l’écris, j’ai l’impression d’avoir raté une dimension 🙂 Merci pour ce texte !

    • Tout d’abord, merci à toi, Ada, pour cette superbe photographie qui m’a inspiré cette vision d’une « Louve des Mers » 🙂 Evidemment je suis très honoré de lire ton commentaire, ça me touche particulièrement de la part de la photographe… Peut-être que la Louve était là, mais peut-être l’as-tu oublié 😉 Merci encore pour cette photographie ! Et je suis partant pour un essai de recueil photos / textes, si le coeur t’en dit 🙂

      • Oh tu me flattes, c’est Leiloona qu’il faut remercier ! Et sinon, oui la louve devait y être déjà mais je n’ai sûrement pas assez bien regardé… je veux bien y retourner pour vérifier, cela dit mais la prochaine fois, pas avant l’été, cela risque d’être sous le soleil et avec une mer bleue, il faut voir si elle y sera toujours… C’est super gentil pour ta proposition mais je ne suis pas sûre d’avoir des photos assez intéressantes.

    • Bonsoir Claude. Mes textes formant un labyrinthe attrayant… Comme je suis très joueur, l’image me plait bien (il suffit de voir mon bandeau sur tweeter et facebook…), elle résume bien cette histoire à suivre. Le maitre du labyrinthe te remercie 😉

  6. Il va vraiment falloir rassembler tout ça, en faire un texte long abouti et le soumettre à un éditeur.
    Et sinon, j’ai un commentaire hypra constructif : un bisou ! un bisou ! un bisou !

    • Bonjour Stephie. Ca deviendra un texte long, tout ceci n’est que fragments éparpillés pour l’instant. Pour le commentaire hypra, même si il s’approche de son visage, on ne sait pas si il va se prendre une baffe ou un bisou. Bisous à toi, et bonne journée 🙂

  7. Un texte marqué par une sensualité latente, un texte qui nous donne envie de nous lover tout contre notre cher et tendre …

    Bon, j’ai mal pour la Louve, à fleur de poil, mais rien de plus normal, non ? Elle n’aime pas être bernée.
    La fin avec Yann (je la lis telle quelle) me réconforte, même si peuchèèèèèèèère rondioudiou quand vas-tu nous donner des réponses. Je reste sur ma faim (de louve). 😛

    • Merci pour ton coommentaire @Leiloona 🙂

      Faut pas avoir mal pour la Louve, c’est son état « sauvage » et c’est en effet normal qu’elle réagisse..;

      Pour les réponses… peut-être que la prochaine photo de l’atelier me me perrmet de révèler des informations sur Yann et sur les « origines » de toute cette histoire… mais ça risque d’entrainer de nouvelles questions 😉

  8. Comment pourrait-il en être autrement!!!!Ce serait amusant de recenser le nombre de questions ayant eu des réponses,on serait peut-être surpris de s’apercevoir qu’on les a toujours les réponses mais au prix d’autres questions!!!!C’est tres fort car tant que le mot fin n’est pas écrit(où là on pourrait se fâcher si on n’a pas les réponses)on suit en essayant de ne louper aucun épisode…En fait tu nous as rendus accros à ce jeu….Bon,il y a des substances plus dangereuses et je te remercie d’avoir choisi celle-ci!!!

    • Coucou Bénédicte 🙂 Certaines questions ont eu des réponses, comme « qu’arrive-il- à Noah Moses sur Mars ? », même si on ne sait pas comment il est revenu sur Terre 😉 Quel que soit les réponses que je donnerai, y’aura toujours de la frustation parce que chacun finit par bâtir sa propre théorie. Vous êtes devenu accro au jeu, et moi je suis devenu accro à l’écriture de cette histoire, je ne sais pas quelle activité est la plus dangereuse 😉

  9. Ce qui est épatant chez toi, c’est la facilité à établir un contexte, une situation et de là, partir dans l’histoire.

    J’ai été, mais je suis beaucoup moins SF que par le passé. Mais ça n’est absolument pas nécessaire malgré le contexte : tout se tient bien en place, tout seul, même si l’on ne se laisse pas emporter par la fantaisie.

    A quelque part, je me demande si ce n’est pas simplement un prétexte…

    • Merci pour ton commentaire @Caribou78. Ce qui m’épate, c’est de lire que j’ai une « facilité » ;-). Je pense que je n’en ai pas conscience, et je pense surtout que je passe ENORMEMENT de temps à cogiter sur la photo, sur la connexion avec les pièces de mon puzzle, et surtout comment suprendre le lecteur 😉

      Oui, n’est pas simplement un prétexte ? Je pense que j’aime jouer avec les mots, les univers, les personnages : la SF et le fantastique permettent les choses les plus folles 😉 Mais bien évidemment tout cela n’est pas une histoire, c’est ma vie quotidienne 😉

      • Tu me diras, t’as peut-être planché pendant des jours pour y arriver; c’est un peu péremptoire de ma part de supposer la facilité. Mais effectivement, le monde de la SF offre une liberté très appréciable.

  10. Je suis arrivée au bout de ton texte cette semaine et en suis très contente 😉 non pas que 2016 m’ait encore changée pour me rendre plus patiente mais j’ai été là happée par la musicalité de ton écriture qui m’a beaucoup plu ; les descriptions sensuelles sonnent juste, on y ressent beaucoup de tendresse perturbée parfois par de la colère mais elle est maîtrisée. J’avoue ne pas avoir tout bien compris mais c’est peut être dû à quelques wagons en retard ou d’après ce que disent certains commentaires, un univers SF que je ne connais pas mais ça n’a pas gêné ma lecture. Bravo donc et merci pour ce beau moment 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s