Proies – Chasseur

Au moment où elle aperçoit les deux individus, l’adrénaline se déverse dans ses veines. Ils ressemblent bien à la description faite par ses amies à la fac. Ils parlent fort, beaucoup trop fort. Ils font dans la surenchère sonore, chacun voulant prouver à l’autre que c’est lui, le chef de la meute. La « conversation » tourne autour du foot et des bagnoles.

Dès qu’ils l’aperçoivent, les éclats de voix cessent, ils passent aux murmures, jetant de brèves oeillades avec des sourires carnassiers. Au milieu de cette messe basse, les éclats de voix reviennent brièvement pour accompagner un « trop bonne » et un éclat de rire qui la fait frissonner. Dix mètres… cinq mètres… elle regarde ailleurs, mais elle peut sentir le poids de leurs regards malsains. Les battements de son coeur s’accélèrent, sa respiration est courte, ses mains moites. Soudain, le contact tant redouté, une main qui attrape son bras avec force :
 » Bonjour mademoiselle, faut qu’on cause toi et… »

Il ne finit pas sa phrase. Dès qu’il empoigne brutalement la fille, il sent que quelque chose cloche. Au contact du bras de la jeune femme, il éprouve une sensation de froid, de plus en plus froid, l’intense brûlure de la glace. Il voit sa main devenir bleue, se couvrir de givre. La douleur remonte rapidement vers son poignet, son coude, se précipite vers son épaule. Stupéfait, il essaie de croiser le regard de la jeune femme. En face de lui, il découvre le visage de sa propre mère, le visage déformé par les bleus, la lèvre inférieure fendue, autant de traces d’une « conversation » avec son père. Il crie, a un brusque mouvement de recul que son bras gelé ne peut accompagner, il se détache de la jeune femme et se brise en mille morceaux.

 » Mec, qu’est-ce qui t’arrive ? Putain, mais tu t’es pissé dessus ?  » La main de la jeune femme se pose fermement sur son épaule. Elle le regarde avec un sourire, s’approche de plus en plus de lui, il peut sentir son souffle sur son visage.
– Quoi ? Un grand garçon comme toi a peur des volatiles ?  Le visage de la femme devient flou, tout comme son corps. Il sent un puissant courant d’air. Elle n’est plus là, elle s’est transformée en une nuée d’étourneaux qui volent et piaillent autour de lui, s’approchent de plus en plus de son visage, de ses yeux. Lorsqu’il ouvre la bouche pour hurler, les volatiles en profitent pour s’engouffrer.

Elle les regarde se débattre avec leurs hallucinations. Leurs cris cessent dès qu’elle se met à parler d’une voix calme, assurée.
« Chaque fois que vous approcherez une femme avec ces intentions, les mêmes sensations, les mêmes peurs ressurgiront. Il se pourrait que même le simple fait d’y penser déclenche le même effet. Chaque fois cela sera un peu plus douloureux, un peu plus intense… »

Elle s’éloigne, laissant ses deux agresseurs hébétés.
Sa journée n’est pas finie, elle n’a pas fini de pacifier le chemin qui mène à la fac.


Texte © Nimentrix

Ce texte est ma 23ème (la première après la dernière 😉 ) participation à l’atelier d’écriture de Bricabook. Chaque semaine Leiloona met en ligne une photo, et vous avez jusqu’au dimanche suivant pour vous laisser inspirer et rédiger un texte. Vous pouvez consulter (et commenter) les autres textes participant à l’atelier sur le site Bricabook.

N’hésitez pas à commenter le texte ci-dessous et à la partager s’il vous a plu 🙂

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28 commentaires

  1. Le deuxième partie du texte est véritablement ton univers, on te sent à l’aise, tu le maîtrises parfaitement ! Et puis, combien de fois une femme a-t-elle voulu que le bras de son agresseur se transforme pour de vrai en glace et éclate ? Très bien vu, oui. Une femme qui a de la louve en elle, on dirait, non ? 😛 En tout cas, j’aimerais bien la rencontrer pour qu’elle m’apprenne quelques tours.

    • Merci @Leiloona 😉 La femme est en effet La Louve, difficile de sortir de mes mondes ; -) Yann devait même à l’origine faire une apparition « cameo » mais cela diminuait l’intensité dramatique. J’avoue que les trois photos plus le thème imposé représentait un sacré challenge et le premier paragraphe est un peu poussif et convenu, ça se décoince lors du contact 😉

  2. Je trouve superbe ce que tu as fait de ce theme imposé: tu l’as respecté en y amenant ton univers….J’adore l’idée de cette chevalière blanche qui nettoie le chemin au karscher devant l’armée de ses sœurs. Je crois que ceux qui vont croiser son chemin risquent même de ne plus pouvoir bander avant un certain temps!!…..

  3. Je trouve que ton personnage entre réalité et imaginaire colle parfaitement avec le thème.
    C’est toi, ton écriture ton style, dans un thème imposé. On te retrouve avec le même talent.

    • Merci pour ton commentaire @Manue Rêva 🙂 Mon coté rebelle a quelquefois du mal avec les « figures imposées », mais l’importance du sujet traité valait la peine de m’y « contraindre »… Et puis c’est un exercice d’écriture intéressant 😉

    • Bonjour @jacou33. Zorro signifie à l’origine « Le renard », la femme en question tient plus de La Louve 😉 C’est une justicière non masquée qui prend les agresseurs au piège de leurs propres peurs.

      • mais j’y crois, malheureusement, la raison d’un plus fort est souvent celle qui prévaut … Les plus forts sont souvent les harceleurs … Mais tu as raison, il faut y croire encore et surtout ne jamais rien lâcher !
        merci jeune homme 😉

          • La vie, parfois, est bien triste et bien douloureuse … Pour les femmes, comme pour les hommes d’ailleurs … Car, parfois, impuissants devant les harceleurs, nous n’avons ni les mots, ni la force de ta merveilleuse louve, à tord, sans doute … Mais on est là pour en discuter, pour mettre des mots sur cette souffrance et dire aussi qu’on peut changer la donne ! Et être, ensemble, les plus forts ! Et ça, j’y crois fort fort fort 😉

  4. Entre la réalité et la fiction, il n’y a qu’un pas que tu franchis aisément. Mais je suis sûre qu’au fond de chacune d’entre nous, une Louve se tapit et est capable de surgir pour chasser ces pitoyables démons. Il faut juste savoir l’écouter et lui laisser sa place.

  5. Je suis content de retrouver ton univers au fil de la lecture de ton texte. C’est vraiment bien. Le sujet n’est pas facile et nous canalise dans une forme de réalisme. Tu t’en sors superbement. Bravo.

    • Merci pour ton commentaire @janickmm. Je pense que la violence ne débarque pas sans raisons, qu’elle est le « fruit » d’une blessure pas soignée, et dans le cas de ce jeune, l’attitude de son père.

  6. Bravo, tu as adapté ton univers à la perfection pour proposer un texte fort ! On aimerait tant que ce tour devienne réalité, que les femmes puissent ainsi se défendre de ceux qui abusent

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