Le funambule

Il est là accroché entre deux mondes.
Une main pointée vers le sol.
Un main tendue vers le ciel, prêt à décrocher la lune.
Tel un funambule en équilibre entre rêve et réalité.
Attirant et effrayant.
Ennivrant et terrifiant.
Il est le maître des secrets.
Il lit l’amour sur les lèvres.
Il détecte la peur dans les gestes.
On le nomme bouffon pour se rassurer.
On le sait mage et cela effraie.
On apprécie sa danse quand il est éloigné.
On refuse sa main quand elle est tendue vers nous.
Il est ce que je suis.
Il est ce que je hais.

Posséder le pouvoir de tout changer.
Savoir qu’il suffit de tendre les doigts pour décrocher la lune.
Se dire bien évidemment qu’on a le choix, que demain peut-être…
Demain sera le jour où tout changera.
Mais demain est juste un autre jour.
Demain nous fait de l’oeil, mais ne joue pas dans la même cour…
Aujourd’hui rien ne change, aujourd’hui rien ne changera.
C’est ce que j’avais la naïveté de penser.
Je ne savais pas que cette lointaine rencontre avec Nimentrix m’avait irrémédiablement piégé.

Comme une chimère captive.
Comme ces mots déchiffrés sur un mur.
Comme un vent d’espoir qu’on n’ose apprivoiser.
Comme un instant d’éternité qu’on ne souhaite pas préserver.
Survivre au lieu de vivre.
Avoir peur au lieu d’aimer.
Souffrir au lieu d’apprécier.
Toutes les excuses sont bonnes pour échapper à réalité.

Arriva ce jour funeste où le monde fut dévasté.
Ce jour maudit où ils sont descendus du ciel et ont fauché l’humanité
J’étais l’unique rempart.
Avais-je vraiment le choix ?
Les cartes qu’il avait plantées dans mon coeur.
Souvenirs d’une conversation lointaine.
Comment échapper à son destin ?
Ne pas remettre la decision à demain.
Juste tendre la main vers cette planète rouge.
Et accomplir ce que je ne souhaitais pas accomplir.
Me soumettre à mon destin ou les laisser nous soumettre ?
Maudire Nimentrix de ce don malédiction.
Qui me coûterait l’essence de mon existence.

Accepter de n’être qu’une ombre, même pas un souvenir.
J’ai tendu la main parce qu’il le fallait.
J’ai figé ce monde, parce que c’était écrit.
Propos incohérents d’un incroyable cohérence.
A la frontière du chaos.
A la frontière du point de non retour.
Les voir mourir puis renaître.
Juste parce qu’un homme l’a décidé
Le maître des mots.
Le responsable de mes maux
Mon reflet dans le miroir.
L’ombre d’un pathétique espoir.

Être funambule, perdu dans ma bulle.
Être perdu dans la foule, loin de moi.
Être moi, demain, peut-être…

Photo © Yannick Debain
Texte © Nimentrix

Texte pour l’atelier d’écriture de Bricabook   : chaque semaine Leiloona met en ligne une photo et vous avez jusqu’à dimanche suivant pour vous laisser inspirer et rédiger un texte.
Vous pouvez consulter (et commenter) les autres textes participant à l’atelier sur le site Bricabook.

N’hésitez pas à commenter le texte ci-dessous.
Vous pouvez partager ce texte s’il vous a plu 🙂

Vous pouvez aussi lire mes autres participations à l’atelier.

 

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22 commentaires

  1. Bravo Nimentrix, j’aime beaucoup ce texte, notamment ce passage qui illustre bien notre pauvre condition d’humain vulnérable aux passions (qui nous dépassent?).
    « Avoir peur au lieu d’aimer.
    Souffrir au lieu d’apprécier.
    Toutes les excuses sont bonnes pour échapper à réalité. »

  2. Tu t’en sors très bien, même quand c’est plus difficile de se laisser inspirer par la photo ! Très beau texte, très riche encore une fois. « Accepter d’être une ombre, même pas un souvenir ». Et le dernier paragraphe, Entre la cohérence et l’incohérence, le réalisme et la folie, les mots se lâchent… merci

  3. Waouh…..Je reste sans voix et sans mots….Je vais quand même essayer d’en trouver parceque c’est toi et que je t’aime d’amour….On s’en fout de savoir lequel.
    Je pleure Noah, je pleure l’humanité entière, je pleure les destins trop lourds, je pleure tous ces mots que je veux lire et relire, je pleure ceux qui touchent mon âme, je pleure la solitude de celui qui sait, je pleure sur ce que l’on remet à demain sans savoir si demain viendra….
    Et je suis sûre qu’en revenant te lire, je vais encore pleurer autre chose….

  4. C’est fou, on croit que c’est un poème, réussi, et zouuuuuu on plonge dans ton univers ! J’ai beaucoup aimé ! Encore ! Encore !

    • Merci @ManueReva 🙂 J’ai du mal à ne pas replonger systématiquement dans mon univers, surtout quand la ressemblance entre l’homme de la photo est un de mes personnages est aussi troublante 😉

  5. Bravo Nimentrix. C’est un superbe texte magnifiquement construit. Tu nous amène où tu veux. Je t’ai retrouvé dans « j’étais l’unique rempart » et dans « j’ai tendu la main parce qu’il le fallait ». Une mission céleste en quelque sorte. Comme celle d’écrire… Alors continue.

    • Merci @Claude, un commentaire qui me fait cogiter 🙂 J’aime assez ce concept de mission qui est en effet récurrent dans mes textes…

      La grande question est « Est-ce que le fait d’écrire est ma mission céleste ? » Si c’est le cas c’est une bien jolie mission 🙂

      Merci enote @Claude pour cette piste de « réflexion » 😉

  6. Ben mon gars…. Je lis et je relis. Et ça me plait bien.
    On ne se soumet pas toujours à son destin. On l’écrit, lettre par lettre, mot pour mot, en créant le meilleur et en acceptant bon an mal an ce à quoi on ne peut échapper.
    C’est une philosophie de vie, ça permet d’être maître de son avenir.
    Et ça s’appelle l’Amor Fati.
    Je te souhaite une belle journée…

  7. Merci pour ton commentaire @Amor-Fati, qui nous renvoie à Nietzsche 🙂

    Dans le cas présent, il est bien question d’un personnage qui écrit son destin lettre par lettre et mot par mot, vu qu’il est à la fois auteur et acteur de sa propre vie… au sens littéral du terme 😉 (voir, entre autre, « Episode 20 : https://nimentrix.wordpress.com/2016/01/25/episode-20-2/)

    Maître de notre avenir, nous pouvons tous le devenir, bien évidemment…
    Dans le cas présent, il poursuit cette quête « à son insu » 😉

    Je te souhaite une lumineuse journée @Amor-Fati:-)

  8. « Il est là accroché entre deux mondes.
    Une main pointée vers le sol.
    Un main tendue vers le ciel, prêt à décrocher la lune.
    Tel un funambule en équilibre entre rêve et réalité. »
    En lisant ces premières lignes, j’avais l’impression que c’était de toi qu’il s’agissait, toi qui oscilles en permanence entre deux mondes, entre la fantaisie et la réalité. Un peu comme ton personnage, en quelque sorte…
    Très chouette texte, en tout cas 🙂

    • Merci pour ton commentaire @CurieuseGrignoteuse, heureux que le texte t’ait plu 🙂
      Pour le reste, si un auteur te dis un jour qu’il y a rien de lui dans un texte, c’est un menteur 😉
      J’oscille en effet entre réalité et fantaisie, et je n’ai pas besoin de « substances illégales » pour cela, j’ai un imaginaire suffisamment riche que je préfère partager, ça m’évite de devenir schizophrène 😉

  9. J’aime beaucoup l’image du funambule, moi aussi je l’utilise pas mal dans mes textes aussi … et je crois que c’est une image que j’aime beaucoup … Un texte hugolien, en somme, toujours marqué par une dualité.
    J’ai plus de mal avec le passage du « il » au « je » … Je est un autre, c’est ça ? (Mais cela rend la lecture plus compliquée pour moi.)

    • @Leiloona je et il sont une même personne, « il » est la vision que le monde porte sur lui, « je » est son propre ressenti, sa propre expérience de sa « réalité ». Dans le cas de Yann (parce qu’il est question de lui), il vit son destin plutôt que ce qu’il imaginait être sa propre vie, déchiré entre ses aspirations égoïstes et la possibilité de sauver l’humanité au prix de ce qu’il imagine être sa propre identité. Bref c’est juste un instantané sur un moment de doute et de souffrance, car il ne sait pas encore vers quel extraordinaire destin cela le mènera. Le doute, le questionnement, la peur fait partie des étapes du chemin initiatique, nul ne peut y échapper, chacun le vit en écho à ses propres questionnement et souffrances….

      Merci pour ton commentaire et ta question, @Leiloona 🙂

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