Esperia

esperia
© Romaric Cazaux

« Bonjour… Il est joli, ton livre… »
La fillette s’était rapprochée timidement de l’homme. Il était assis près de la fontaine, au milieu de la place. Le livre que tenait l’homme était très étrange. À part le texte que la fillette ne savait pas encore déchiffrer, elle avait vu sur les pages des illustrations qui bougeaient, comme dans les dessins animés. Elle était particulièrement fascinée par une page, où un immense oiseau de feu survolait un jeune garçon assis au bord d’une rivière.

« C’est qui, lui ?
– C’est le Phénix, un oiseau…
– Je sais que c’est le Phénix ! Le garçon, au bord de l’eau, c’est qui ?
– Il s’appelle Yann.
– C’est mon papa ! » L’homme la regarda, un peu surpris. La fillette haussa les épaules.
– Ben oui, maman m’a dit que Yann était mon papa… » Il sourit. Elle fit de même. Et le regarda, avec ses petites billes rondes suppliantes.
– Dis, tu me racontes l’histoire qui est dans le livre ? »

L’homme referma le livre. Sur la couverture était écrit : « L’envol du Phénix ». La fillette ne savait pas lire, mais elle connaissait le nom de cette histoire. Il tourna les pages et commença à raconter d’une voix très douce, la voix qu’elle se souvenait avoir entendu quand elle s’endormait le soir.
« Il était une fois, dans un lieu très loin de ce monde, une étrange créature qui vola la statue d’un oiseau noir…
– C’est la Bestiole ! La fillette désigna le personnage qui dérobait la statue dans un temple, et pointa ensuite du doigt l’étrange animal qui était assis sur l’épaule de l’homme.
– Oui, sourit l’homme, c’est la Bestiole… Mais c’était longtemps avant qu’elle ne devienne la Bestiole…
– Avant l’Atlantide ?
– Oui, bien avant… »
La Bestiole émit quelques couinements, l’homme se tourna vers la boule de poil en soupirant : « Je t’expliquerai plus tard… »

La fillette tira sur sa manche.
« Hé ! L’histoire ? Tu continues ?
– La créature qui avait volé la statue fut poursuivie. Par un étrange hasard, elle se retrouva dans notre monde, mais elle avait perdu la mémoire. Elle ne se souvenait pas d’avoir volé la statuette, et elle ne savait plus à quoi elle servait. Les gens qui l’avaient recueilli lui conseillèrent d’aller consulter le plus grand magicien encore vivant…
– Nimentrix !!!
– Oui, Nimentrix. Le magicien avait un apprenti, Yann, un jeune adolescent qui rêvait de devenir le plus puissant des magiciens, plus puissant encore que Lumyr, le Maitre des Éléments qui avait sauvé notre monde et créé le Phénix.
– Mais… Yann est Lumyr ?
– Oui, mais à ce moment-là, Yann ne le sait pas encore… Mais, dis-moi, tu connais déjà toute cette histoire… Pourquoi veux-tu que je te la raconte ?
– Papa me la racontait… Maman ne me la raconte plus, papa est parti avec le livre… »

Un soupir. Un silence. Des larmes naissantes au coin des yeux de l’homme qui s’éclaircit la voix avant de continuer.
« La créature qui avait perdu la mémoire trouva enfin Nimentrix. Le magicien voulut examiner la statue, mais quand il toucha l’oiseau noir, il perdit la vie. Des hommes de l’Ombre profitèrent de cet instant pour voler la statuette. La créature décida de les poursuivre, mais elle tomba de cheval. Elle fut recueillie par une femme nommée Esperia. Elle vivait dans une tour immense, qui grimpait au-dessus des nuages…
– Je suis Esperia !
– Oui, je sais que tu es Espéria… » L’homme souriait tendrement. Le vent se leva soudain. Il ne pouvait pas rester plus longtemps, l’effet du sort allait se dissiper. Il déposa un baiser sur la joue de la fillette referma le livre et le tendit vers l’enfant.
– C’est pour toi.Ta maman pourra te le lire.
– Merci !  » Elle entoura son visage avec ses petits bras et lui fit un bisou sonore sur la joue.

Le Temps reprit son cours. Les badauds déambulaient à nouveau sur la place.
Le cœur de La Louve battait la chamade : sa fille qu’elle tenait par la main la seconde précédente n’était plus là ! Elle balaya rapidement le lieu du regard, et aperçu Esperia, souriante, qui se précipitait vers elle, un livre à la main. Elle se jeta dans ses bras.
« Regarde Maman, le monsieur m’a donné le livre de papa ! » La Louve regarda dans la direction que sa fille pointait. L’homme était encore là, juste devant le Portail qui venait d’apparaitre.

« Yann, dit la Bestiole, si tu continues à semer des indices à chacun de tes passages, elle va finir par te retrouver…
– C’est le but. Elle seule sait où l’Oeuf est dissimulé. »
Il envoya un baiser dans les airs vers La Louve et traversa le Portail.

Photo © Romaric Cazaux
Texte © Nimentrix

Ce texte est ma participation de la semaine à l’Atelier d’écriture de Bricabook.
N’hésitez pas à commenter et à partager si ce texte vous a plu :-).
Vous pouvez aussi lire mes autres participations à l’atelier.

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24 commentaires

  1. J’aime ton univers et toutes les réalités qui s’y imbriquent, qui se croisent et qui se quittent, nous emportant loin, très loin de notre quotidien ! Comme d’hab’ quoi ! Je suis fan !

  2. Un texte d’une tendresse infinie qui éclaire d’une lumière nouvelle cette histoire que nous croyons pourtant connaître….Il ne faut jamais croire ce genre de choses avec toi !….Quand c’est fini ce n’est jamais fini…..
    Et à chaque fois ton style s’adapte….Il est rempli de douceur cette fois.

    • Merci @Benedicte pour la tendresse infinie et surtout merci à Romaric pour cette magnifique photographie où il était difficile de ne pas se laisser attendrir par le petit bout de chou 🙂 Cela faisait lontemps que je voulais mettre en scène la fille de La Louve et de Yann, en attendant de découvrir ses pouvoirs dans un épisode se déroulant… sur Terre dans le futur ou dans le passé à l’epoque du Phénix ? 😉

  3. Je ne vais pas être très originale en te disant combien j’ai été touchée par ton univers tendre et onirique.. Quelle belle histoire née sous ta plume…J’ai l’impression de découvrir (encore) un autre Nimentrix .. Ah oui, mention spéciale pour les tous derniers mots….touchée en plein coeur !

    • Je ne vais pas être très original en te remerciant pour ton commentaire, @Nath 😉 Les derniers mots… Peut-être qu’un épisode prochain réunira enfin la fille, la mère et le père ? A suivre ?

      • C’est moi qui suis obsédé par les Majuscules ??? 😉
        Ton écriture bicamérale a l’avantage de proposer 2 oeils de format. (ou devrais-je dire 2 Oeils – façon Caïn).
        Mais tu peinerais aussi sur un Linux qui distingue les majuscules et minuscules, contrairement à un Windows.
        Sinon, bien, le texte.

        • Je te taquinais 😉 Pour Linux ça fait bien longtemps que je n’en ai pas touché une version… J’ai commencé avec RedHat et j’ai du arrêter avec ubuntu 12 ou 13. Sinon, merci pour le commentaire 😉

  4. Eh ben ma foi il eût été dommage de ne pas le publier … Le retour du phénix … je ne sais même plus si tu en avais parlé ici ou pas …
    Bon, je ne dirais rien sur le fait que la fillette parle à un inconnu (du moins le pense-t-elle, mais cela revient au même), mais ça c’est mon côté protecteur de maman qui s’exprime ! 😛
    Une belle histoire, même si pour moi elle n’a rien de doux. Un homme séparé des siens, une femme qui élève seule une enfant, et une fillette qui n’a que le souvenir prégnant de son papa. Doux ? Euh … really ? Cruel oui … Alors, certes, la vision romantique du bisou qui s’envole vers la Louve, cela fait très joli, mais quid de la réalité ? Les deux se retrouvent seules à la fin avec un homme qui parcourt le monde à travers des portails…

    Bon, la forme de l’histoire est belle, effectivement on sourit, le narrateur nous entourlouperait presque de douceur et de sourire (sic), mais je n’arrive pas à voir ça …

    Quant à l’oeuf, eh bien espérons qu’il n’ait pas de date de péremption ! 🙂

    J’ai aimé en savoir plus sur la saga : était-ce d’ailleurs ton idée première ? Bon, je me tais, je pose trop de questions, comme Espéria, je ne voudrais pas que ma maman me gronde.

    • Beaucoup de remarques pertinentes @Leiloona🙂
      Je n’avais pas parlé du retour du Phénix, ce texte n’est pas du tout celui que j’avais prévu d’écrire, il devait raconter la première rencontre de la Louve (enfant) avec Yann et La Bestiole, entre autre….

      Pour ce qui est d’Esperia, elle ne parle pas à un total inconnu, et elle peut se défendre sans avoir besoin de la protection de sa maman ou de son papa, vu son « ascendance »😉

      Le coté douceur est juste dans le dialogue entre l’homme et l’enfant.

      Pour le reste, le destin est cruel, oui…
      Déjà parce que ce Yann là n’est pas le père d’Espéria.
      Esperia dit « Yann est mon papa », et l’homme est surpris. Sa mère lui a dit que son papa s’appelait Yann, il n’est peut-être pas question du même Yann, et ça n’est pas à l’homme de lui révèler cela.
      Si Yann laisse des indices c’est certainement parce qu’il espère que La Louve pourra trouver le moyen de briser le sort qui l’empêche, elle d’être « réunie » avec sa famille.

      Quand à l’Oeuf, il est à l’image de la créature qui l’a engendré donc la date de péremption n’est pas un problème😉

      Mon idée première est basée sur trois mondes : le monde du Phénix, Mars/Atlantide, et la (ou les) Terre.

  5. Bonjour.
    Ce n’est pas évident de prendre l’histoire en cours de route, même si j’ai déjà été lire certains autres textes liés au récit, ici et là sur ton blog. Mais la magie opère tout de même :-).
    Ce qui m’intrigue, c’est que si Yann n’est pas le père d’Espéria (si je comprends bien ce que tu expliques à Leiloona), et s’il est (visiblement) en train de manipuler la Louve en laissant des indices volontairement… Pourquoi est-il si ému lorsqu’il parle à la petite fille?

    • Bonjour @Minsky. Il n’y a pas besoin d’être le père véritable pour être ému par un enfant. Si Esperia se souvient de sa voix, c’est qu’il a déjà eu l’occasion de lui conter des histoires. Et il ne « manipule » pas La Louve, il l’aide à retrouver quelque chose, mais je ne peux pas tout révéler 😉

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